Interstellar, Christopher Nolan, 2014


Au fur et à mesure que le crâne de Nolan enfle, ses films deviennent de plus en plus difficiles à apprécier. S'il y a ici quelques bonnes idées scénaristiques (probablement fournies par le frangin Nolan, peut-être le plus doué des deux), elles souffrent d'être traitées de manière si emphatique et programmatique. 
L'emphase, l'espèce d'intensité artificielle qui gonfle chaque scène (musique, rythme lent, rigueur exagérée de la mise en scène) finit par aplatir le film, qui ne respire et n'explose jamais vraiment. Ces longs montages alternés entre la Terre et l'espace, maintenus sous respiration artificielle par la musique omniprésente, sont le symptôme de l'absence totale de sens du rythme chez ce cinéaste (si, par exemple, on le compare à son contemporain David Fincher)

Une idée de mise en scène, perdue dans l'aridité du crâne de Nolan

L'autre problème, c'est l'absence de mystère. Tout est tellement à sa place, chaque détail est tellement là au service de l'intrigue, qu'on n'est jamais réellement surpris. On est en train de parler d'un film qui tente d'explorer un des plus grands mystères de l'humanité, qui devrait être excitant et aventureux! Mais tout est désamorcé à l'avance par des dialogues qui nous expliquent tout, et sans grande inventivité. Tout accessoire sur lequel on insiste bien, on peut être sûr qu'il va se "révéler" un élément clé de l'intrigue plus tard, jamais pour dessiner un personnage, et encore moins se révéler "inutile".

Les personnages eux-mêmes ne sont considérés que comme les outils d'une intrigue, pas comme des personnes en lesquelles Nolan et le spectateur pourraient vraiment croire, les aimer. Preuve de ce manque d'intérêt pour les personnages avec leur élimination, qui fait penser à un mauvais slasher (le "méchant" qui défend le plan B se fait dézinguer dans les minutes qui suivent). On ne touchera jamais du doigt non plus la détresse de ceux qui attendent des années (Matt Damon et le docteur es relativité du temps). C'est quand même ce que le scénario exploite le mieux, cette notion d'écoulement relatif du temps, mais un peu vite. Vite, vite, il faut retrouver le fil de l'intrigue.

Cette americana mourrante est quand même une des belles choses du film

Une de mes déceptions est aussi l'aspect spectaculaire. Si dans ce domaine certains plans sont impressionnants dans la démesure (le vaisseau proche d'un immense corps céleste, ou la vague immense de la planète des eaux), le voyage dans le "trou de ver" est assez peu marquant, alors qu'on a là toute la liberté pour imaginer ce que l'on veut. Sur ce niveau Nolan se montre très, très loin de son modèle avoué (le 2001 de Kubrick, et son voyage psychédélique final), et de son modèle inavoué (le Contact de Robert Zemeckis, qui offre à cette occasion un chouette tour de manège)

Evidemment qu'Interstellar ne se hisse pas au niveau de l'oeuvre sidérante de Kubrick, mais c'est peut-être en le comparant à l'entertainer sensible de Zemeckis que l'on peut mesurer l'ampleur de l'échec de Nolan. Zemeckis, lui aussi , liait ce voyage dans l'infini à une problématique intime, mais avec une telle empathie communicative pour son personnage principal, un talent de narrateur visuel, un sens du rythme, et plus d'idées de mise en scène dans son ouverture que dans l'intégralité d'Interstellar. Si le propos était simple, il était filmé avec passion. Tout le contraire d'Interstellar.

Il me reste à essayer de comprendre comment 3h sans idées de mise en scène et sans prise de risques peuvent passer aussi bien. Tout n'est pas à jeter, notamment cette vision antispectaculaire de l'apocalypse, la planète mourant à petit feu, vision surprenante dans ce type de blockbuster. Mais Nolan n'a pas vraiment le temps de traiter correctement cette idée : vite, vite, l'intrigue!

1 commentaire :

  1. Pas vu, et je crois que je n'irai pas, ta critique soulève exactement ce qui m'a (fort) déplu dans inception.
    On file le long d'une intrigue linéaire, emporté par des dialogues insipides exécutés rapidement pour donner une impression de complexité, sans qu'aucun personnage ne laisse une empreinte, une émotion, que dalle, enfin en ce qui me concerne. Il y a d'autres qualités, sur lesquelles on se paluche bien assez, mais pour moi c'est rédhibitoire.
    Merci pour ces 3 heures, donc!

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