Les 8 Salopards, Quentin Tarantino, 2016


Il fallait bien un film de ce petit salopard de Quentin Tarantino pour que je me sorte mon clavier du cul et que je me remette à écrire ici. Un peu abasourdi par la justesse du superbe Mia Madre de Moretti, je n'avais pas su trouver un angle pour m'y confronter. De même je n'ai pas fait de petit bilan sur mon année cinoche 2015, mais ça viendra je pense.
En attendant, il faut que je vous donne envie de voir ce dernier Tarantino, et au cinéma je vous prie, ah ben oui. En plus je prends une longueur d'avance avant que les amis d'il a osé prennent leur pied à le déglinguer!

Après quelques films qui jouaient la carte du spectaculaire, c'est le retour à un style plus sec, moins aimable (à la Reservoir Dogs), et qui peut laisser une première impression un peu mitigée. Mais au fur et à mesure que le film mûrit, on prend conscience de sa richesse, de son intelligence, de la structure encore une fois assez particulière de son récit.

Jennifer Jason Leigh, encore un super choix de casting

Car à la réflexion il s'agit ici d'un film coupé en deux, à la manière de son DeathProof, mais moins symétriquement. Ici c'est un changement de genre qui crée la coupure, en passant d'un postulat de western assez classique : une diligence, un prisonnier à escorter; à une relecture des romans policiers en huis-clos façon "Dix petit nègres".
C'est peut-être ce qui rend le film moins aimable au premier abord, cette très longue mise en place (pourtant vraiment savoureuse), déjouant un peu les attentes (les miennes, quoi).

Mais c'est réellement dans sa deuxième partie que le talent de Tarantino me paraît le plus évident. Il y a tout d'abord, la maîtrise de sa mise en scène du huis-clos, mais pas de manière voyante comme dans le Panic Room de Fincher par exemple. Une grande rigueur, qui lui permet de toujours découper la pièce principale en plusieurs parties, de les situer les unes par rapport aux autres. Mais aussi de situer cette pièce principale par rapport à la grange, extérieure, et aux toilettes situées de l'autre côté du chemin. De faire évoluer les rapports de force entre les personnages à l'intérieur de cet espace, à l'intérieur de son cadre, avec une utilisation toujours pertinente du second plan et du hors-champ.


S'ajoute à cette maîtrise somme toute classique, un rapport au genre qu'il est le seul à mon sens à avoir : en respectant tous les codes et les scènes-clés, pour mieux les dézinguer et en faire, indéniablement, du Tarantino. C'est dans cet exercice qu'il est ici le plus brillant, et qui donne je pense, les meilleures scènes. Particulièrement, la scène habituelle où un Hercule Poirot de service croit avoir élucidé le mystère et se met en scène pour en expliquer les tenants et aboutissants. Scène, ici, hilarante, jubilatoire, et conclue par une trouvaille purement spatiale et Tarantinienne, qui en énervera certains.

Enfin, c'est dans sa relecture de l'histoire des Etats-Unis que le film de Tarantino est si particulier. Le film se situe après la guerre de sécession, et le nom de Lincoln semble respecté par tous, mais les personnages se révèlent tous plus ou moins racistes, violents et cupides. A ce titre le plan final, superbe, illustre bien cette envie de s'éloigner du mythe des valeurs d'une Amérique fantasmée. Un brin cynique, mais en même temps extrêmement fendard!

Aucun commentaire :

Enregistrer un commentaire

Pour laisser un commentaire sans s'inscrire nulle part, choisissez Nom/URL dans la liste déroulante.